Témoignages

Le projet de l’association suscite l’enthousiasme de la société civile.

Découvrez sur cette page quelques témoignages de personnalités qui ont décidé de formuler publiquement leur soutien à nos travaux.

Les témoignages complets

Marc-André Sélosse

Biologiste spécialisé en botanique et mycologie

Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle à Paris

Ce projet de faire renaître une forêt primaire en Europe de l’Ouest suscite chez moi beaucoup d’enthousiasme car il signifie retrouver la perspective d’un temps long – c’est ce dont nous avons besoin en aménagement et en écologie – et en même temps retrouver un objet qui profitera à tous.
J’aime également l’idée que ce projet, au-delà de ses bénéfices écologiques, cherche à trouver des solutions concrètes afin que les gens sur place vivent plus en accord avec les dynamiques naturelles qui construisent le monde qui les entoure.
Ainsi, la volonté d’imaginer à terme une très grande région qui explore un nouveau rapport au bois et à l’arbre, d’une manière globale depuis la libre évolution jusqu’à la valorisation du bois me semble être une piste très intéressante.

Corinne 

Morel-Darleux

Militante écosocialiste

Autrice de Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce, Là où le feu et l’ours et Le gang des chevreuils rusé

Dix siècles… C’est le temps qu’il faut à une forêt pour se développer pleinement à partir d’un sol nu. C’est vertigineux.

Alors que la voracité des profits et l’inconscience humaine déforestent et ravagent des zones entières, alors que notre ère s’habille de béton brûlant et de grands feux, alors que l’avenir semble de plus en plus incertain et dangereux, qui serait assez fou pour lancer le projet de reconstituer une forêt primaire ? Quand il devient difficile de se projeter à trois ans, un an, six mois, dans un quotidien tissé d’urgences, d’injonctions à l’instantané et de course planétaire… comment même se représenter l’immensité grandiose d’un millénaire ?

Loin, très loin des promesses de livraison instantanée qui débilitent nos capacités et polluent l’espace public, des polémiques d’un jour qui divertissent des vrais enjeux et font lamentablement dévisser le politique, loin des prouesses technologiques qui se révèlent toutes, les unes après les autres, désastreuses… avec un tel projet soudain on se prend à rêver à hauteur de canopée. Enfin nos horizons empêchés, pour peu que l’on regarde suffisamment loin, bien au-delà des paysages ras et asséchés, peuvent commencer à prendre la forme de volcans en fleurs et de frondaisons repeuplées.

J’aurais pu également vous parler de carbone, d’ombres de fraîcheur, d’oiseaux en liberté et de lianes sans tuteurs. Mais c’est avant tout ce rapport prodigieux au temps, le sentiment d’œuvrer pour un avenir lointain que nous ne verrons jamais, ce sentiment d’infinité, ce regain de dignité enfin, qui me semblent les plus saisissants dans le projet mené par l’association de Francis Hallé. Un projet qui peut sembler fou et vertigineux certes, mais qui risque bien de s’avérer en réalité, dans cette époque mortifère, une épopée avant tout visionnaire et sensée.

Philippe Torreton

Comédien à la Comédie Française

J’ai planté un arbre, un jeune hêtre arraché à un destin sûrement difficile en forêt tant la concurrence est rude en son milieu naturel. Je l’ai replanté dans un pré, seul, tout seul au fond, un petit arbre, tout petit, un scion comme on dit une tige grosse comme le pouce à la base et fin comme le bout d’une canne à pêche à son sommet, un brin d’arbre. Maintenant mes bras ne sont pas assez grands pour le ceinturer et lorsque que je monte dedans je vois la campagne remembrée s’étirer au loin, une campagne nue comme un corps déshabillé de force, une campagne sans arbres. Maintenant il me faut faire dix grandes enjambées depuis son tronc pour sortir de sa frondaison si on traçait le trait de cette limite on obtiendrait un rond de plus de vingt mètres de diamètre, ses feuilles quand elle tombent enfin forment un tapis mêlé de faines où les pieds s’enfoncent comme dans une neige poudreuse.

Cet arbre arraché à son milieu naturel il y a plus de quarante ans est maintenant un repère dans ma campagne dénudée on le voit de loin comme un clocher d’église il est un monde à lui tout seul il nourrit tout un peuple d’animaux visibles et invisibles il est devenu forêt à lui tout seul.

Ce n’est plus mon arbre je suis son humain…

Il faut rétablir la forêt primaire en Europe, non seulement cette forêt abriterait et protégerait des peuples alliés de nos destinées mais elle ferait de nous des Hêtres-humains c’est à dire quelque chose d’un peu plus intelligent et sensible que ces mastodontes actuels aux cerveaux de tronçonneuses que nous sommes devenus.
La forêt primaire serait une preuve que nous n’avons pas tout perdu de notre instinct de survie.
Elle permettrait de pouvoir regarder les yeux de ceux qui nous survivront comme je regarde maintenant les yeux de mes enfants quand ils regardent l’arbre dont je suis devenu l’humain…

Ignacio Abella

Auteur de nombreux ouvrages de référence sur les arbres en Espagne, notamment La magia de los árboles et Regreso a los bosques

LES ESPÈCES PERDUES


Quand une partie dévore l’autre, le tout disparaît.

(proverbe oriental)

La légende veut que Saint Edern, un moine irlandais du IXe siècle, soit venu à la Douna, l’immense forêt bretonne, avec l’intention d’y fonder son ermitage. Le Seigneur des lieux lui a accordé autant de terres qu’il pouvait en encercler en une nuit. Lors d’une mythique chevauchée nocturne sur le dos d’un cerf, le moine a pris possession d’une vaste étendue de la forêt.

Cette histoire illustre très bien le processus d’appropriation de la terre par l’homme. Au début de l’ère, chaque forêt était une entité consacrée à sa divinité respective, la déesse Arduinna des Ardennes, le dieu Vosegus des Vosges… Dans la mythologie indo-européenne, le Seigneur est le dieu ou l’esprit gardien du lieu qui devait être apaisé par une circumambulation rituelle avant de défricher ou de s’approprier une forêt.

C’est l’histoire partagée par les cultures de la planète qui sont nées dans la forêt, avec la claire conscience d’en faire partie, et qui ont « évolué » vers une autonomie et une indépendance prétendues. C’est ainsi qu’ont été générés les mythes civilisationnels qui justifient que l’espèce humaine dans son ensemble, et chaque groupe humain en particulier, possède une prééminence morale sur les autres, ce qui leur donne le droit de soumettre, de posséder et d’utiliser l’autre à leur propre avantage, qu’il s’agisse de personnes, d’êtres vivants ou de paysages. L’effet dévastateur de ce programme malveillant sur la psyché individuelle et collective fait de nous des extraterrestres, des envahisseurs sans scrupules, toujours prêts à mener toutes les guerres et formes de domination ; et même en « temps de paix », la conquête totale de la nature.

C’est pourquoi la proposition de Francis Hallé de rendre à la forêt européenne sa capacité d’expression dans toutes ses dimensions est si inspirante et nécessaire en ces temps funestes de la fin d’une époque. Peut-être que depuis son perchoir sur la canopée de la forêt amazonienne ou en marchant au pied de vieux arbres, Hallé a découvert la formule pour revenir sur les pas du frère Edern, lentement mais sûrement. Car, paradoxalement, nous sommes nous-mêmes irrémédiablement enfermés et soumis dans ce cercle de domination. Il faut ouvrir le cercle d’Edern pour rendre ce qui n’a jamais été nôtre, pour reprendre conscience que nous sommes une partie éphémère et dispensable de cette immense biosphère, qui réclame le retour des espèces perdues. Dans cette conviction, nous avons déjà commencé à rêver de la renaissance d’une forêt primaire Francis Hallé sur la péninsule ibérique.

> Texte original en espagnol / Versión original en español