Foire aux questions

On qualifie de « primaire », c’est-à-dire « intacte » ou « à naturalité parfaite », une forêt qui n’a été ni exploitée, ni défrichée, ni profondément modifiée par l’homme dans le passé. Si elle l’a été, cela remonte à une époque suffisamment lointaine pour que le caractère « primaire » ait eu le temps de réapparaitre. Ce n’est pas rapide à nos yeux d’êtres humains, car il faut plusieurs siècles pour que disparaisse toute empreinte humaine et qu’un retour à une naturalité totale puisse avoir lieu. Francis Hallé liste les critères suivants : hauteur maximale (de la forêt), structure tridimensionnelle parfaite, canopée fermée, faune et flore complètes, sommet de la complexité, de la diversité biologique et de la beauté. En zone tropicale, pour qu’une forêt primaire naisse sur terrain nu il faut compter 700 ans. En zone tempérée marquée par les saisons, le processus est plus long ; on compte environ 1 000 ans. Si on part, comme c’est notre intention, de massifs forestiers existants, on estime la durée nécessaire pour la renaissance d’une forêt primaire d’environ 600 ans.

Nous aurons des observations à faire dès le début ! La première surprise, c’est que ça va aller très vite ! On ne s’attend pas à ça de la part d’une forêt, mais l’arrivée spontanée des arbres se fait à une allure plus rapide que ce que la plupart des gens imaginent. En fait, nous sommes soumis à une pluie de graines en permanence.

Sur les zones où il n’y a pas encore de forêt, il faudra d’abord laisser pousser les arbres pionniers – ce sont des graines qui ne peuvent germer qu’en pleine lumière. On va les laisser mourir et ils seront remplacés par des post-pionniers qui vivront 3 ou 4 siècles avant qu’arrivent les arbres de la forêt primaire, qui formeront la canopée fermée. On pense aux chênes ou aux hêtres dans nos forêts, mais avec le changement climatique ce sera peut-être des arbres qu’on n’observe pas pour l’instant en Europe. Au total, à partir d’un sol nu, l’ensemble du processus devrait prendre environ 10 siècles, moins si nous partons d’une forêt existante comme cela est envisagé.

Quant à la biodiversité, tout le monde se souvient des progrès de la biodiversité pendant le confinement… On sera surpris par la rapidité avec laquelle elle revient à son état d’abondance !

L’option privilégiée à ce jour est une zone transfrontalière à base française, pour un projet à l’échelle européenne.
Nous travaillons actuellement sur plusieurs sites afin d’examiner concrètement toutes les questions que peut soulever la création d’un tel espace : enjeux scientifiques, juridiques, fonciers, financiers, sociaux, économiques, politiques, etc. Il s’agit d’examiner les lieux qui correspondent aux critères définis pour la renaissance d’une forêt primaire en Europe de l’Ouest et de partager ensuite les données qui permettront de prendre les décisions les plus adaptées, en concertation avec les partenaires locaux concernés. Plusieurs options de localisation sont à l’étude :

  • Vosges-Palatinat : un voyage d’étude a eu lieu en novembre 2021
  • Belgique-Ardennes : un voyage d’étude a eu lieu en mars 2022

Il nous apparaît que la renaissance d’une forêt primaire, projet de grande ampleur sur le plan de sa surface et de sa durabilité, incombe d’abord à la responsabilité publique. L’ambition d’un tel projet, que nous avons d’emblée abordé dans sa dimension européenne, nécessite la collaboration de deux États dont la France. Notamment pour cette question d’ampleur, nous ne sommes pas dans une démarche d’achat de terrains.

Si notre initiative vise principalement le domaine public – environ ¼ des forêts françaises sont publiques – nous espérons également y associer des propriétaires et des gestionnaires forestiers privés qui seraient intéressés, puisque ce projet de territoire les concernera aussi.

Sur la question du carbone nous avons souligné combien face aux urgences liées aux effets du changement climatique, l’un des mérites de la forêt primaire était, par rapport à tous les autres paysages végétaux, la fixation maximale du gaz carbonique et le stockage maximal du carbone atmosphérique sur le long terme.

En matière de biodiversité notre projet est, par essence, intégral : il ne s’agit pas seulement de protéger les plantes, les oiseaux, les ours, les limaces ou les vers de terre. Tout cela est compris dans l’idée même de forêt primaire.

70 000 hectares c’est l’équivalent de 7 fois Paris, ½ département, 1 carré de 26 km de côté, l’île de Minorque… C’est à la fois grand et tout petit !

Cette surface est nécessaire pour que la grande faune forestière européenne puisse y vivre, de même que ses prédateurs sauvages, on pense notamment aux loups. Car n’oublions pas qu’une forêt est un système associant faune et flore (oiseaux, mammifères, insectes, etc.). À titre d’exemple, on estime qu’une surface de 60 000 hectares est nécessaire pour deux meutes de loups puissent cohabiter. La grande surface est un critère essentiel et les études scientifiques montrent qu’une surface trop petite apporte moins de bénéfices, notamment en matière de biodiversité et de résilience par rapport aux aléas climatiques.

Certainement pas. Contrairement à ce qu’on a pu lire ici et là dans des propos souvent caricaturaux, nous ne voulons pas faire un « trou noir », un « sanctuaire » ou « mettre sous cloche ». Même s’il y aura des zones en protection stricte, il y a des équilibres à trouver et c’est précisément l’objet de la concertation que nous menons avec l’ensemble des acteurs concernés sur le terrain.

Nous voulons créer les conditions pour que la région qui accueillera la future forêt primaire puisse lancer une réflexion sur les opportunités qui en découlent. Pour ce faire nous avons identifié une structure possible qui s’appelle le Groupement d’Intérêt Public (GIP) : il s’agit d’initier une concertation commune sur le développement du territoire et d’imaginer par exemple un nouveau modèle de développement autour d’un atout naturel, économique et culturel très fort de cette région – l’arbre, les forêts, le bois.

En définitive nous voulons construire un rapport nouveau à cette nature dont nous sommes issus, avec les hommes et leurs activités.

Rappelons, comme nous l’avons souligné précédemment, que notre projet consiste avant tout à imaginer un rapport nouveau à la nature, incluant les humains et leurs activités.

Pour cette raison nous avons ciblé des territoires qui d’une part répondent aux critères géographiques fixés pour la renaissance d’une forêt primaire – notamment en ce qu’ils disposent de massifs forestiers importants – et d’autre part qui verraient dans un tel projet des perspectives de développement intéressantes, notamment en termes de tourisme, de recherche scientifique ou de filière bois.

Dans cette logique, notre conviction profonde est que l’adhésion des acteurs locaux est un préalable essentiel à la concrétisation d’un tel projet.

Ainsi, la question des redécoupages, corridors ou autres aménagements éventuels feront l’objet d’une concertation avec les acteurs concernés.

Les batailles sont évidemment complémentaires.
Nous sommes engagés au même titre que celles et ceux qui protègent les espaces forestiers existants (associations et / ou groupements forestiers) mais nous abordons la question dans une dimension différente – notamment en termes d’espace et de temps.

Notre philosophie consiste à se placer dans une approche résolument moins gestionnaire, moins interventionniste en somme. Cela vaut donc pour la replantation. Comme le souligne Francis Hallé, nous sommes sous une pluie de graines et la forêt n’a pas besoin de l’intervention humaine pour se développer spontanément.

Soutenez-nous !

En soutenant l’association Francis Hallé, vous agissez concrètement pour la renaissance d’une forêt primaire en Europe de l’Ouest

Photo principale : Vue aérienne de la forêt des Vosges du Nord © Arnaud Hiltzer