Espèces forestières – Grand Atlas des arbres et des forêts

Glénat et le quotidien Le Monde publient un remarquable Grand Atlas des arbres et forêts, panorama fouillé permettant de se poser les bonnes questions sur l’avenir.

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C’est le genre de livres que l’on expose côté face dans sa bibliothèque, pour peu que les rayonnages soient assez grands, vu sa taille imposante (près de 40 cm de haut). Car dès la couverture, une vue de sous-bois en contre-pongée, on est happé par l’univers magique des héros du nouvel Atlas publié conjointement par Glénat et Le Monde : les arbres et forêts. Enfin, « magique »… La fascination qu’ils exercent sur notre espèce n’a rien, somme toute, que de très logique :

« Homo Sapiens a émergé d’une espèce forestière, nous dit l’introduction, et s’est ensuite adapté aux savanes boisées d’Afrique. Nous portons en nous une appréciation naturelle des arbres et des forêts. »

Pour s’en convaincre, il n’est que d’observer la quiétude et la concentration des bébés qui voient bouger les feuilles au dessus de leur tête, quand on a placé leur landau à l’ombre d’un tilleul.

État des lieux

Nous avons donc évolué avec, dans, et bien souvent contre les espaces forestiers : il y a 10 000 ans, plus de la moitié des terres habitables étaient couvertes de forêts. 38 %, seulement, aujourd’hui, avec une déforestation qui a culminé au XXe siècle, sans commune mesure avec le passé, pour alimenter le marché planétaire. Cet ouvrage dresse un tableau très complet des connaissances scientifiques sur leur histoire, leurs dynamiques, leur devenir au moment où le chaos climatique et la chute de la biodiversité s’accélèrent. Avec Bruno David, président du Muséum national d’Histoire naturelle, signataire de sa préface, on peut se réjouir que l’Atlas aborde « frontalement cette question essentielle » : « l’empreinte humaine sur les forêts, qui sont de véritables régulatrices du climat ».

Il le fait avec ampleur, tant il est important, pour bien en comprendre les enjeux, d’avoir une perception sensible des espaces forestiers, en plus de leurs dimensions biologiques, écologiques ou géographiques. Selon les goûts du lecteur, le portant plutôt sur la cartographie, l’histoire de l’environnement, ou l’apport des sciences plus « dures », s’y trouve une mine d’informations concernant notre influence sur les milieux, en fonction des usages, techniques et flux commerciaux ou migratoires, les progrès récents en analyses des données satellitaires, dendrochronologie, palynologie, etc. L’intérêt étant, bien-sûr, de les croiser pour obtenir un tableau complet, ce qu’ont entrepris de favoriser les auteurs du livre, Jérôme Chave, directeur de recherche au CNRS (unité Évolution et diversité biologique, Toulouse), Herman Shugart, professeur émérite d’histoire naturelle de l’Université de Virginie (USA), Sassan Saatchi, directeur de recherche du California Institute of Technology (USA), et Peter White, directeur du jardin botanique de Caroline du Nord (USA).

Un travail d’autant plus précieux qu’il est richement illustré, ne lésinant pas sur les infographies, chronologies, vues à l’échelle et surtout photographies de toute beauté, parfois en pleine page pour une meilleure immersion.

Le temps immémorial des arbres

Il fallait, avant tout, définir ce qu’est un arbre, haute plante ligneuse autoportante, grandissant par allongement et épaississement d’un tronc et de ses branches, d’une grande longévité. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) précise que les espèces à tige unique doivent atteindre une hauteur d’au moins deux mètres ou, si elles présentent des tiges multiples, au moins une tige principale de 5 cm de diamètre. Ensuite, donner un aperçu de leur très longue évolution, depuis l’apparition de la vie végétale sur Terre, il y a 450 millions d’années, pendant la période géologique de l’Ordovicien. Les premiers arbres seraient nés il y a 370 millions d’années, avant de régner durant le Carbonifère, l’âge des plus immenses forêts qu’ait jamais connu la planète Bleue.

« Les plantes de cette période forment la source de la majorité du charbon, premier carburant fossile de la révolution industrielle »

… Si lentement constitué, si vite brûlé, avec tant de conséquences nocives…

Les auteurs insistent, aussi, sur le rôle majeur des grands espaces forestiers dans le régime pluviométrique et le circuit de l’eau. Les interactions, parfois très étonnantes, des écosystèmes terrestres sont soulignées : des poussières du Sahara, riches en phosphore ou en fer, semblent venir ainsi, portées par les vents, fertiliser l’Amazonie. Sont également remises en question de fausses « vérités » établies par une certaine science biaisée par l’idéologie, particulièrement à l’époque coloniale : les Aborigènes d’Australie ont par exemple longtemps été accusés d’avoir déforesté en usant d’incendies, alors que « l’adaptation de la flore australienne au feu est bien antérieure à l’expansion de la population humaine ».

Histoire des sciences de la vie

L’une des forces de ce Grand Atlas des arbres et des forêts est de témoigner du regard changeant porté à travers les siècles par les savants, sur leur sujet d’observation. Depuis Léonard de Vinci, fasciné au XVe siècle par l’architecture en ramification des branches, jusqu’à Henry David Thoreau, étudiant au XIXe la succession des espèces lors d’un repeuplement forestier, en passant par un autre polymathe, Alexander von Humboldt, dont l’Essai sur la géographie des plantes (1805) marque un tournant majeur de la science naturaliste. Au fil des recherches, le tableau se fait plus détaillé, depuis ces précurseurs jusqu’aux modélisations contemporaines qui permettent d’évaluer les changements environnementaux, d’anticiper les effets de la pollution ou des changements climatiques sur les végétaux. Car le tableau est vivant, constamment et de plus en plus soumis à perturbations.

Les modèles initiaux considéraient la canopée quasiment comme une seule grande feuille, quand, aujourd’hui, on y voit une mosaïque, dont chaque élément est pris en compte.

« L’approfondissement de notre compréhension des dynamiques forestières représente l’une des grandes avancées de la science écologique au cours des dernières décennies ».

Francis Hallé y a contribué, en travaillant sur le concept de chablis, conséquence de la chute d’un arbre, qui engendre de nouvelles opportunités de croissance pour d’autres : la vie, la mort entrelacées, une grande leçon de sagesse sur laquelle méditer lors d’une balade dans une forêt en libre évolution.

Observer finement les similitudes et les différences entre la taïga, les savanes, les mangroves, les zones tropicales humides, tempérées, les arbres qui poussent en conditions extrêmes, leurs réactions aux tempêtes, incendies, sécheresses, ravageurs, la concurrence qui se joue entre eux, leurs symbioses avec le monde animal ou végétal…

Toutes ces connaissances, infiniment précieuses, permettent de se poser les bonnes questions, d’ordre géopolitique et démocratique. Qui va décider de l’avenir des forêts, et donc de l’humanité, puisque notre destin est lié ?

Gaëlle Cloarec, le 5 janvier 2023

Le grand Atlas des arbres et forêts

Jérôme Chave, Sassan Saatchi, Herman Shugart, Peter White

Glénat / Le Monde, 39,95 €

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