La libre évolution au Palais Bourbon : revivez le colloque en vidéo

Le colloque « La libre évolution, pour repenser notre rapport au vivant » est désormais en ligne en intégralité. Organisé le mercredi 30 septembre au Palais Bourbon par la députée de l’Orne Chantal Jourdan et la Coordination libre évolution, dont notre association est membre, il a réuni scientifiques, juristes, gestionnaires d’espaces naturels et associations.

Après une ouverture, quatre tables rondes ont réuni 18 intervenant·es. Chaque séquence a sa vidéo : suivez le colloque dans l’ordre, ou allez directement à la question qui vous intéresse.

Ouverture

La députée Chantal Jourdan ouvre l’après-midi avec une question : « Comment agir avec le vivant, plutôt que de toujours agir sur lui ? »

Valérie Thomé, vice-présidente d’Animal Cross, présente ensuite la Coordination libre évolution, collectif national de 19 associations engagées pour faire connaître et développer la libre évolution en France. Elle pose les quatre questions qui structurent la suite de l’après-midi.

Durée : 11 min

Pourquoi laisser faire la nature ?

Julie De Saint Blanquat (États Sauvages) ouvre la première table ronde en définissant la libre évolution comme une trajectoire, un potentiel évolutif à préserver. Elle décrit aussi le rôle du gros bois mort, qui agit comme une éponge et ralentit les départs d’incendie.

Jean-André Magdalou conduit ensuite la salle dans la réserve naturelle de la forêt de la Massane, dans les Pyrénées-Orientales. Les syrphes, une famille de mouches, y servent à mesurer l’intégrité écologique de la forêt : l’inventaire retrouve 92 % des espèces attendues dans des conditions optimales.

Annik Schnitzler-Lenoble (Université de Lorraine) entraîne enfin l’auditoire dans la forêt de Naliboki, en Biélorussie, sur les traces des loups, des lynx et des ours étudiés par le zoologue Vadim Sidorovich.

Durée : 1 h 13

La libre évolution sur le terrain

Animée par Valérie Thomé, vice-présidente d’Animal Cross, la deuxième table ronde part des sites eux-mêmes. Lou Beben coordonne au Conservatoire d’espaces naturels de Normandie le PRELE, qui développe un réseau de sites en libre évolution dans la région. Eva Bouillard dirige l’un d’eux, le Domaine Sauvage le Costil, dans l’Orne : 170 hectares, un projet porté à l’origine par des entrepreneurs d’un groupe de boulangerie.

Avec Coline Rual (ASPAS), elles décrivent l’organisation qu’exige la libre évolution : plans de gestion, suivis naturalistes sur le temps long, et parfois des années de dialogue pour mener un projet à bien.

À Valérie Thomé, qui demande combien de temps cette protection peut durer, Dominique Souchier (Animal Cross) répond par le droit : « Lorsqu’un propriétaire ne fait rien, juridiquement ne protège pas à long terme sa forêt, eh bien sa protection ne dure que le temps de la vie du propriétaire. » Elle raconte aussi comment des lycéen·nes des Pyrénées-Atlantiques ont convaincu un maire de protéger pour 99 ans une zone humide et une forêt alluviale de sa commune.

Durée : 1 h 04

La nature peut-elle évoluer librement en France ?

Noame Hatimi, chargée de projets de notre association, anime la troisième table ronde, consacrée au cadre juridique. Elle la lance sur une image : « La question juridique est un peu l’éléphant dans la pièce. »

Marine Calmet, juriste et fondatrice de Wild Legal, plaide pour une protection pour toujours et pour la reconnaissance de droits à la nature : « Il serait temps que la nature puisse appartenir à elle-même. » Laure Germain Thomas (UICN France) part d’un chiffre : dans une forêt privée dotée d’un plan simple de gestion, la libre évolution est en principe plafonnée à 10 % de la surface. Elle pose la question d’en faire un minimum, et évoque des exonérations fiscales pour les propriétaires qui s’engagent.

Pascal Cavallin (Conservatoire du littoral) revient sur le méga-feu qui a frappé la Gironde cet été. Le feu a traversé un site du Conservatoire de 1 600 hectares, dont un quart en libre évolution. À la critique d’une forêt « pas entretenue » qui propagerait le feu, les premiers constats apportent une réponse : ces espaces l’ont plutôt freiné, et ont aidé les pompiers à le stopper.

L’avocate Vanessa Kurukgy présente l’obligation réelle environnementale (ORE), un contrat qui protège un terrain jusqu’à 99 ans, même après sa vente. Selon elle, au moins 125 ORE porteraient déjà un projet de libre évolution.

Durée : 51 min

Faut-il avoir peur de la libre évolution ?

Damien Saraceni, co-délégué général de notre association, anime la dernière table ronde. Il y présente le projet que nous portons : faire renaître une forêt primaire en Europe de l’Ouest, un projet de libre évolution à grande échelle. Il rappelle que :

« Une forêt primaire, ce n’est rien d’autre qu’une forêt qui a suivi sa libre évolution pendant un temps suffisant et sur un espace suffisant »

L’étude menée en Wallonie par Forêt & Naturalité, présentée par Coline Drapier, fait ressortir une crainte principale : la perte de revenus. Pierre Mossant, directeur du Conservatoire d’espaces naturels d’Auvergne, décrit les réticences rencontrées dans le Massif central, où laisser faire la nature peut passer pour un abandon. Alexandra Locquet, docteure en géographie, observe que la libre évolution est portée avant tout par la société civile. Franck Pupunat (Commission nationale française pour l’UNESCO) invite, lui, à protéger les processus d’évolution du vivant plutôt que des paysages figés.

Damien Saraceni retourne alors la question :

: « Ne faut-il pas plutôt avoir peur de ce qui est en train de se passer sans cette part de libre évolution ? »

Durée : 54 min

Retour en images

Pour aller plus loin

Remerciements

Merci à la députée Chantal Jourdan pour son accueil au Palais Bourbon, à l’ensemble des intervenant·es, aux associations de la Coordination libre évolution et à toutes les personnes venues dans la salle.

Photos : © Diane Plessier / Fairshot

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