Blaireaux, blairelles, blaireautins : les « petits ours des bois »

Dans notre série d’articles consacrés à la faune forestière, il manquait ce bel animal en noir & blanc. Voici un éloge du blaireau, bien mérité !

Blaireau d’Europe (Meles meles) au terrier, dans la forêt polonaise de Białowieża © Jessica Buczek

Il pèse un peu moins lourd qu’un chien de la taille d’un cocker (soit une dizaine de kilogrammes en moyenne), mais il est plus court sur pattes. Meles meles, le blaireau d’Europe, surnommé « le petit ours des bois » – sans doute parce que ses empreintes ressemblent à celles d’un ursidé en miniature -, culmine à 30 centimètres au garrot.

Doté d’une très mauvaise vue (peut-être est-ce la raison pour laquelle les humains, avec leur absurde anthropomorphisme, l’ont longtemps perçu comme un lourdaud, au point d’en faire une insulte), il dispose en revanche d’un excellent odorat. L’allure râblée de ce mustélidé est caractéristique, de même que son pelage, gris sur le dos, noir sur le ventre et les pattes, blanc sur la queue et la tête, avec un « masque facial » particulièrement beau. Une alternance de bandes verticales blanches et noires qui passent sur ses yeux et ses oreilles.

Ne pas confondre !

Cela permet de le différencier aisément de deux espèces de mammifères arborant également un masque facial, originaires pour l’une de l’Amérique du Nord, le raton laveur (Procyon lotor), pour l’autre de l’Asie, le chien viverrin (Nyctereutes procyonoides). Deux animaux dont la physionomie est approchante, avec un régime alimentaire de carnivore opportuniste très semblable, mais qui n’ont pas le même comportement social.

Le premier, son fameux « loup » noir de Zorro sur les yeux, est parfois solitaire. Surtout les mâles, tandis que les femelles peuvent partager des espaces communs. Le second, avec un regard qui semble passé à la suie, est un canidé, vivant lui aussi en solitaire ou en couple, même si on peut parfois le rencontrer en petits groupes familiaux. Les deux figurent sur la liste des espèces exotiques envahissantes. Leur importation, maintien en captivité ou relâchement dans la nature est interdit. L’ensemble des États membres de l’Union Européenne doit surveiller leur population et mettre en place des mesures pour éviter qu’elle ne s’étende.

Une vie en collectivité

Le blaireau quant à lui est le plus grand des mustélidés « indigènes » en Europe. Depuis bien longtemps, il promène sa silhouette bonhomme et néanmoins vigoureuse dans les campagnes et forêts du vieux continent. Contrairement aux ratons laveurs et chiens viverrins,

« les blaireaux ont une organisation sociale assez élaborée. Ils peuvent vivre en clans, de tailles assez variées, d’un couple à une dizaine d’individus »,

explique Antoine Roche, du Groupe mammalogique et herpétologique du Limousin dans un article du quotidien La Montagne.

Séance jeux pour ces deux Blaireautins (Meles meles) dans la forêt de Białowieża, en Pologne © Jessica Buczek

Avec leurs pattes musclées et griffes solides, ils creusent d’impressionnantes galeries, jusqu’à constituer des terriers multi-chambres à 4 ou 5 mètres sous terre, parfois sur plusieurs étages ! Ces blairotières ou taissonnières sont occupées de génération en génération, durant des dizaines d’années, comme on le voit dans cette vidéo tournée en Wallonie.

À propos de vidéos, elles ne manquent pas sur la Toile, et pour cause : le comportement familial très affectueux de ces animaux a de quoi fasciner les curieux de nature, qui posent leurs pièges photos sur les lieux de séjour et les sentes des blaireaux. Quant à la variété de leurs moyens de communication, elle est étonnante : ils stridulent, sifflent, glapissent, aboient, feulent ou même… ronronnent !

Et même en colocation

Les naturalistes témoignent d’une tolérance envers les autres espèces relativement rare dans le règne animal. Il leur arrive de partager leur logis avec des renards, chats forestiers, voire des chauve-souris ! Dans ce type de cohabitations, les blaireaux apprécient les voisins discrets. Ce qu’ils n’aiment pas, c’est découvrir des excréments trop près de l’entrée : eux-mêmes se creusent de petites latrines proprettes un peu plus loin.

Bien-sûr, entre carnivores, il est aussi possible que des renards s’attaquent aux blaireautins, ou que des blaireaux s’en prennent à des renardeaux. Cependant globalement, le petit ours des bois mange plutôt des vers de terre, son mets de choix, assortis de petits rongeurs, escargots, glands, faînes, fruits… Voire occasionnellement, quelques épis de maïs. Mais les dégâts qui lui sont reprochés dans les champs sont souvent commis par les sangliers, bien plus dévastateurs pour les plantations.

Un atout pour la forêt

Quant aux « atteintes à la sécurité publique (voies ferrées, digues, fondations…) » dont l’accusent, par exemple, les services de l’État en Isère, elles semblent bien peu plausibles. Certes, il est un terrassier efficace, mais sur d’infimes parcelles, et il évite comme la plupart des animaux sauvages les zones de passage humain. Comment comparer cela à un réel danger, tandis que sous l’effet du chaos climatique les sécheresses entraînent une fragilisation massive des bâtiments, avec le phénomène de retrait-gonflement des argiles, et les canicules vont jusqu’à déformer les rails ?

Blaireau européen (Meles meles) dans la forêt de Białowieża, en Pologne © Jessica Buczek

Bien au contraire, son activité est bénéfique. Sa capacité à retourner la terre modifie l’écosystème forestier, comme l’a montré une étude réalisée dans la forêt polonaise. Calcium, potassium ou magnésium, favorables à la nutrition d’une large gamme d’espèces végétales, remontent à la surface. Les blaireaux, comme les taupes, en tant que fouisseurs, modifient la nature chimique du sol, l’aèrent, améliorent l’infiltration de l’eau, ce qui limite le risque d’inondations. Enfin, en créant des îlots différenciés, ils renforcent la biodiversité végétale.

Chasse : des pratiques dénoncées par les associations de protection de la nature

L’arrêté du 26 juin 1987 « fixant la liste des espèces de gibier dont la chasse est autorisée » y a inclus les blaireaux, qui peuvent être « chassés à tir et par vénerie sous terre ». Cette dernière pratique, qui consiste à les acculer avec des chiens au fond de leur terrier, puis à les extirper au moyen de pinces, avant de les abattre à l’arme blanche ou coups de pelle, est particulièrement brutale. Ils ne sont en revanche plus classés comme « espèce susceptible d’occasionner des dégâts » (ESOD) depuis 1988.

Les dates d’ouverture et de fermeture de la chasse au blaireau, de septembre à janvier ou février, sont fixées département par département via arrêté préfectoral. Mais les chasseurs sollicitent régulièrement une « période complémentaire » pour les traquer à partir du mois de mai. De nombreuses associations de protection de l’environnement combattent pied à pied contre cette pression sur l’espèce : France Nature Environnement, l’ASPAS, la LPO, ou encore One Voice.

Blaireau européen (Meles meles) dans la forêt de Białowieża, en Pologne. © Pierre Chatagnon


Est-il en danger ?

Faute d’étude approfondie, il est difficile d’en évaluer la population, ou son évolution. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), considère que le blaireau d’Europe fait l’objet d’une « préoccupation mineure ». Cependant, comme tous les animaux sauvages, il est fragilisé par l’activité humaine : perte d’habitats, empoisonnement chimique des milieux, mortalité routière, sans parler du réchauffement climatique qui impacte l’ensemble de la biodiversité avec son cortège de canicules et sécheresses.

Mais les humains se mobilisent aussi pour aider. Dans les centres de soin de la faune sauvage tels que celui, spécialisé dans les blaireaux, de l’association Meles (Oise), on récupère les blaireautins orphelins, souvent dénutris. Il faut alors les nourrir au biberon jusqu’à pouvoir les relâcher dans leur habitat naturel. Après les incendies de cet été, par exemple en forêt de Fontainebleau, les structures ont recueilli des blaireaux touchés par les flammes.

Nous sommes à l’ère numérique : il existe des applis telles que Vigifaune, Faune Route, etc., pour signaler les animaux écrasés ou blessés par les voitures. L’association Routes vivantes, quant à elle, cartographie les lieux de passage sur nos voies routières pour limiter la mortalité due aux collisions. La multiplication de ces dispositifs est éloquente : dans le grand public, le souci de prendre en compte le monde animal prend de l’importance. Faisons de la place aux blaireaux !


Gaëlle Cloarec, le 19 octobre 2026

Un animal source d’inspiration :

Cet article, écrit au courant du mois d’octobre qui se trouve animé par le concours créatif Inktober – Forêt primaire proposé par l’association. Par un hasard pas tout à fait fortuit, le « blaireau » constituait le mot du jour à illustrer le 6 octobre : galerie d’illustrations des contributions envoyées sur l’Instagram de l’association.


De gauche à droite : les dessins d’Agathe Pilon, Camille Sutra, Cathie Faurie, Cécile Dubosc et Lubie illustration.

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