Portrait de groupe : les mustélidés

Un corps musclé et longiligne, reconnaissable à la courbure de leur dos. Des mœurs discrètes et souvent nocturnes. Tableau de famille des mustélidés, petits carnivores à fourrure peuplant les bois européens.


Jusqu’ici nous avons plutôt consacré les articles de notre série sur la faune sauvage à une seule espèce chaque fois : le castor, le lynx, le ver de terre, le pic noir, ou encore le bison. Celui-ci sera consacré à toute une grande famille de mammifères, celle des mustélidés. Pas toute la famille : le plus imposant par la taille, le blaireau, fera ultérieurement l’objet d’une entrée à lui tout seul, parce qu’il est au cœur d’enjeux particuliers, notamment relatifs à la chasse. La loutre aussi, qui peuple les cours d’eau plus que les forêts, n’y figurera pas. Mais nous allons nous pencher sur la belette, l’hermine, le putois, la martre des Pins et le vison d’Europe, petits carnassiers à la place centrale dans les réseaux trophiques, souvent assez proches dans leur apparence, et donc peu aisés à différencier.

Une réputation imméritée

Commençons par le mal aimé, le putois (Mustela putorius). Pourquoi mal aimé ? Parce qu’il a la réputation de sentir mauvais -lorsqu’il se sent menacé, il libère le contenu de ses glandes anales-, et de s’en prendre aux poulaillers ainsi qu’aux couvées d’oiseaux sauvages ou au petit gibier, faisant concurrence aux chasseurs. Or, selon le naturaliste Pierre Rigaux,

« L’accusation est infondée quand on connaît le régime alimentaire de l’animal. Les études à ce sujet sont pléthoriques et vont toutes dans le même sens : les putois mangent essentiellement des petits rongeurs (mulots, campagnols, rats…). Ils font aussi quelques ripailles d’amphibiens (grenouilles, crapauds) et de lapins ».

Putois d’Europe, photo de Malene Thyssen, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

Suite à une décision du Conseil d’État, dans l’arrêté du 3 août 2023, le putois a été retiré de la liste des « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (ESOD), autrefois qualifiées de « nuisibles » et qui peuvent être chassées toute l’année. Une demande appuyée par le comité français de l’UICN, l’organisme ayant classé comme « quasi menacée » cette espèce auparavant seulement en « préoccupation mineure ». C’est une avancée, mais le putois reste exposé durant la saison de chasse, alors qu’il est plutôt un atout dans la conservation de garennes en bon état sanitaire : des proies atteintes de myxomatose ou autres maladies ne lui font pas peur.

Cousins, cousines

Sur la fameuse liste des ESOD, mise à jour cet été, demeurent ses cousines, les belettes (Mustela nivalis), fouines (Martes foina) et martres (Martes martes). La martre est la plus forestière du lot ; elle se méfie des zones ouvertes, où elle peut être repérée par les rapaces, potentiels prédateurs. En hiver, elle peut loger dans des terriers inhabités de lapins ou autres rongeurs. Durant les périodes chaudes, plutôt dans les arbres creux, éventuellement en hauteur si elle trouve un trou d’écureuil, ou des souches d’arbres morts.

Belette d'Europe
Belette d’Europe, photo de big-ashb, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons

La belette est la pitchounette : plus petit carnivore d’Europe (cf tableau ci-dessous), elle se glisse dans la moindre anfractuosité, et participe de la mauvaise réputation des mustélidés car elle peut aisément visiter les poulaillers un peu trop vermoulus, en quête d’œufs dont elle est friande. Parmi ses prédateurs, les chats ou les chiens, si elle s’approche trop des habitations. Ou bien dans la nature, en raison de son gabarit miniature, les renards, les chouettes, voire même les vipères.

L’hermine (Mustela erminea) n’est quant à elle pas considérée comme « susceptible d’occasionner des dégâts », et bénéficie culturellement d’un regard plus indulgent, peut-être parce qu’au Moyen Âge et à la Renaissance elle a été utilisée comme animal de compagnie.

Tableau La Dame à l'hermine  de Léonard de Vinci
La Dame à l’hermine, Léonard de Vinci

Longtemps chassée pour la douceur de sa fourrure, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Son poil épais lui sert lors des nuits froides, car c’est plutôt une montagnarde, avec un habitat situé essentiellement entre 1 000 et 3 000 mètres d’altitude.

Le vison d’Europe (Mustela lutreola), autre représentant de la famille, apprécie quant à lui les abords des cours d’eau, son sous-poil épais et hydrofuge lui donnant la possibilité de mener une vie semi-aquatique. Malheureusement, cette même fourrure, très convoitée par les pelletiers de luxe, l’a amené à une quasi extinction dans nos contrées. Désormais protégé, il n’est plus présent qu’en Nouvelle-Aquitaine.

Rôle dans l’écosystème

Les mustélidés sont de grands chasseurs de campagnols, mulots, musaraignes. Du point de vue du monde paysan, ils pourraient être considérés comme de sacrés auxiliaires, capables de réguler efficacement la prolifération des rongeurs dans les secteurs agricoles, les vergers et les jardins. Dans les espaces boisés, ils participent du bon équilibre des écosystèmes, avec un régime varié et opportuniste, intervenant à différents niveaux de la chaîne alimentaire, des insectes aux petits oiseaux. Certains peuvent adopter, en cas de nécessité, un comportement de charognard, assurant ainsi une fonction d’importance : ils aident à décomposer la matière organique et à sa réintégration dans l’écosystème, en limitant la propagation de maladies. Ils mangent aussi des fruits comme des cynorrhodons, et en répandent les graines avec leurs laissées.

Jabot blanc bilobé : pas de doute, voilà la fouine ! Photo de Zdeněk Macháček via Unsplash

NB : selon Jean-Paul Lahache, naturaliste, il faut bien le reconnaître, les déjections des putois remportent effectivement la palme de l’odeur nauséabonde dans la famille, alors que celles de la martre présentent « une odeur de musc pas désagréable ».

Par ailleurs les scientifiques, notamment via une étude publiée en 2017 par l’Université de Wageningen aux Pays-Bas, ont mis en évidence le rôle important des prédateurs tels que les mustélidés (et les renards) pour lutter contre les maladies véhiculées par les tiques, particulièrement la borréliose de Lyme. Après avoir analysé dans une vingtaine de forêts la densité des différentes espèces, le nombre de rongeurs hôtes des tiques et le pourcentage de tiques porteuses de pathologies, ils ont conclu que les prédateurs ont un effet limitateur indéniable.

Habitats peau de chagrin

Quelle que soit leur espèce, la plus grande menace qui pèse sur les mustélidés est la perte, la dégradation et la fragmentation de leur habitat. Le putois, qui aime les bois peu denses, les lisières et les zones humides, fréquente des paysages en mosaïque, parfois très anthropisés. Dans un rapport publié en 2017 (« Protéger le putois »), la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM) estime qu’il fait partie des mammifères les plus touchés par la mortalité routière. Le vison d’Europe, quant à lui, a énormément souffert de la destruction des zones humides et de la pollution des eaux. Il est, de plus, concurrencé par son cousin d’Amérique, échappé des fermes d’élevage, considéré comme une espèce invasive et qui figure à ce titre sur la liste des ESOD, susceptibles d’être chassées toute l’année. Et comme il n’est pas, au premier coup d’œil, facile de les différencier, les erreurs d’appréciation ne sont pas rares… Outre les causes cynégétiques, les tirs et surtout le piégeage, la pollution joue un rôle dans l’érosion des populations de mustélidés. Selon l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS, désormais remplacé par l’OFB) « parmi les causes de mortalité, des intoxications secondaires liées à l’ingestion de micromammifères intoxiqués par des rodenticides peuvent être une menace non négligeable ».

Tableau comparatif des mustélidés cités dans l’article

Putois d’Europe, photo de Malene Thyssen, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons
NomApparenceTaillePoids
PutoisPelage brun foncé sur le dessus, noir en dessous, côtés plutôt jaunâtres, tête noire avec bandes blanches, oreilles plutôt arrondies
35 à 45 cm (jusqu’à 60 cm avec la queue)

Le mâle pèse entre 1 et 1,5 kg et la femelle de 500 à 600 g
Belette d'Europe
Belette d’Europe, photo de big-ashb, CC BY 2.0 , via Wikimedia Commons
NomApparenceTaillePoids
BelettePoil brun roux dessus et blanc dessous17 à 27 cm environ, queue fine et courte de quelques centimètresEntre 90 et 125 grammes, respectivement pour la femelle et le mâle
Photo de Zdeněk Macháček via Unsplash
NomApparenceTaillePoids
FouinePelage brun tirant sur le gris foncé, jabot blanc bilobé (deux pointes couvrant les pattes de devant), truffe roséeEntre 40 et 55 cm sans compter la queue, de 23 à 35 cmEntre 1,2 et 2 kg, respectivement pour la femelle et le mâle
Photo de Green Yoshi, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons
NomApparenceTaillePoids
Martre des pinsBrun chocolat sur l’ensemble du corps, sauf une bavette jaune orangée au niveau du thorax, truffe brune45 à 65 cm de long, queue de 17 à 28 cm
500 g à 2,2 kg, les mâles étant souvent plus gros que les femelles
Photo d’hermine par Marton Berntsen, recadrage par MPF, CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons
NomApparenceTaillePoids
HerminePelage brun roux sur le dessus et blanc sur le dessous, avec une nette démarcation. En hiver, son poil tend à devenir blanc, surtout en altitude et dans les climats froids, sauf le bout de la queue qui reste noirEntre 22 et 32 cm, avec une queue de 7 à 12 cm

125 à 270 g pour la femelle contre 150 à 450 g pour le mâle
Photo de vison au bord de l’eau, par Immortel, CC BY 2.0 via Wikimedia Commons
NomApparenceTaillePoids
Vison d’EuropePelage brun noir, avec une petite tache blanche au niveau du museau, courant sur les deux lèvres30 à 42 cm, avec une queue de 15 cm environMâle 568-1530 g / femelle 327-670 g

Gaëlle Cloarec, le 20 septembre 2023

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